Perdu au fin fond des forêts et des landes bretonnes, on entend cet écho lointain des traditions oubliées. Ici plus qu’ailleurs, les croyances ancestrales sont ancrées dans la mémoire des Hommes.
C’est cet univers magique mêlant le surnaturel au fantastique qui a fait que la Bretagne m’a attiré. Terre de légendes à proprement parlé, nombreux sont les récits colportés de bouches à oreilles depuis la nuit des temps. Ils ont ,pour la plupart, forgé l’identité de cette région.
Ainsi, il n’est pas rare de croiser au détour d’un chemin, d’un carrefour, la silhouette noire d’un calvaire. Elle nous rappelle que dans ce pays, la mort guette chacun de nous et qu’il ne fait pas bon entendre grincer des roues la nuit - car dit-on, ce serait la charrette de la Mort, dont le cocher, une créature squelettique abominable ne serait autre que l’Ankou.
Si vous échappez au sillon de l’Ankou, ne vous croyez pas sauvé pour autant ,car bien des défis sont encore à affronter. Principalement ces lavandières fantômes qui vous attendent pour nettoyer leurs suaires. Si elles vous appellent à l’aide, surtout n’y allez pas - de risque de vous retrouver enroulé dans le drap ,taché de sang et membres broyés.

Pendant mon voyage, je ne me suis pas rendu dans le Morbihan ni dans le Finistère et je le regrette bien, mais certainement que ce sera pour un autre périple.
J’ai principalement exploré l’Ille-et-Vilaine ainsi que sa frontière avec les Côtes d’Armor. Là-bas, les châteaux hantés s’y dénombrent par centaines mais comme vous vous en doutez, par manque de temps je n’ai pu tous les visiter et pourtant cela aurait été un bien réel plaisir que d’arpenter ces lieux chargé d’Histoire(s) dont les pierres peuvent en témoigner.
Parmi mes expéditions, je n’oublierai jamais mon effroyable visite du château du Guildo, c’est la première fois que je me sentis autant oppressé dans un lieu pareil, j’ai maintenant la certitude que des forces invisibles nous observent ,tapies dans les murs …
Un autre événement, tout aussi troublant se déroula lors de ma visite du château de Combourg où l‘écrivain Chateaubriand passa une grande partie de son enfance.
Alors qu’avec le groupe de visiteurs nous pénétrâmes dans la chambre de l’illustre écrivain - située dans la tour du Chat -, une porte ,donnant accès à une courtine, laissée ouverte se referma brusquement alors qu’il n’y avait aucun courant d’air et que personne ne se trouvait à l’étage de la porte …

J’éprouvai un profond malaise en me rendant aux ruines du château de la Hunaudaye. Je savais qu’elles renfermaient de bien sinistres histoires dont la mort faisait à chaque fois la clôture, mais j’ignorais à quel point l’atmosphère qui émane de ces ruines était si tragique.

Puis la côte. Rocheuse à l’infinie, chahutée par les rafales tempétueuses et la houle déferlante.
C’est sur cette côte d’Émeraude parsemée d’abîmes que le fort La Latte défit toujours les vents et marées qui se lancent à son assaut.


Bref, j’ai vécu ce voyage à moitié dans le monde du visible et l’autre moitié dans le monde de l’invisible où plus d’une fois je me suis senti frôlé de près par les Ténèbres.
Aurais-je eu peur de l’inconnu ?




photo centrale : Le port d'Erquy
photo de gauche : visage sculpté sur la plage de Rothéneuf
photo de droite et dernière : fort La Latte

Chapitre I


Une fois la nuit tombée au château de Combourg, il n'est pas rare d'entendre venir des escaliers les pas métronomiques d'une jambe de bois. Dans son ombre se profile celle d'un chat noir ...

J'arrive à Combourg en début d’après-midi après une violente averse.
Comme je venais par le sud de la ville, je distinguais ,surgissant de derrière les hauts arbres ,les quatre tours massives de l’austère château de Combourg.
Un peu plus loin, sur les berges du lac Tranquille, je découvris un magnifique calvaire. Je m’arrêtais un instant devant le lac pour photographier la croix puis je montais vers le château.

Il fut érigé au début du XIe siècle par Rivallon Vieille Chèvre ,frère cadet de l’archevêque de Dol Junkeneus. Édifice solide aux allures de forteresse, il passera ensuite aux mains de la famille du chevalier breton Bertrand du Guesclin au XIVe siècle. C’est au XVIIIe siècle que le comte René-Auguste de Chateaubriand prend possession des terres de Combourg.
L'écrivain François-René de Chateaubriand, qui a immortalisé ce château dans ses mémoires, y passa une partie morose de sa jeunesse dans les années 1770.
Entre un père à l’humeur taciturne et une mère pieuse qui occupait ses journées entières à se recueillir dans la chapelle, le jeune François René et sa sœur Lucile qu’il aimait tant ,passaient de longues soirées d’automne et d’hiver à observer sans dire mot la promenade silencieuse de leur père.
Statue de Chateaubriand (dans le centre ville de Combourg)

Après quoi, François René avait l’obligation de raccompagner ses sœurs à leurs chambres en traversant ainsi ces longs couloirs fantômes. Laissons le décrire ces lieux :


"La fenêtre de mon donjon s’ouvrait sur la coure intérieur ; le jour, j’avais
en perspective les créneaux de la coursive opposée ,où végétaient des
scolopendres et croissait un prunier sauvage.
Quelques martinets qui, durant
l’été, s’enfonçaient en criant dans les trous des murs, étaient mes seuls
compagnons.
La nuit, je n’apercevais qu’un petit morceau de ciel et quelques
étoiles. Lorsque la Lune brillait et qu’elle s’abaissait à l’occident, j’en
étais averti par ses rayons ,qui venaient à mon lit au travers des carreaux
losangés de la fenêtre.
Des chouettes, voletant d’une tour à l’autre
,passant et repassant entre la Lune et moi, dessinaient sur mes rideaux l’ombre
mobile de leurs ailes. Relégué dans l’endroit le plus désert, à l’ouverture des
galeries, je ne perdais pas un murmure des ténèbres. Quelquefois ,le vent
semblait courir à pas légers ; quelquefois, il laissait échapper des plaintes ;
tout à coup, ma porte était ébranlée avec violence, les souterrains poussaient
des mugissements, puis ces bruits expiraient pour recommencer encore"*


C’est dans la tour du Chat ,la plus reculée de toutes, que François René avait sa chambre.
Cette tour avait la sulfureuse réputation d’être hantée chaque nuit dit-on par un chat noir. Dans son ombre se profile également celle d’un jambe de bois fantôme dont les pas résonnaient une fois la nuit tombée dans le sombre escalier de la tourelle :

« Les gens étaient persuadés qu’un certain comte de Combourg à jambe de bois
,mort depuis trois siècles, apparaissait à certaines époques et qu’on l’avait
rencontré dans le grand escaliers de la tourelle ; sa jambe de bois se promenait
aussi quelquefois seul avec un chat noir. Ces récits occupaient tout le temps du
coucher de ma mère et de ma sœur : elles se mettaient au lit mourantes de peur .»*

« Au lieu de me forcer à me convaincre qu’il n’y avait pas de revenant, on me
força à les braver. Lorsque mon père me disait avec un sourire ironique :
"Monsieur le Chevalier aurait-il peur ?" il m’eût fait coucher avec un mort."*


Jusque là tout ressemble à de simple légendes qui se racontent le soir au coucher.
Mais une restauration du château en 1876 révéla une momie de chat emmurée.
Ce rite était courant au Moyen-Age car la superstition voulait que pour protéger le propriétaire d’un mauvais sort, il fallait emmurer vivant un animal ou même un enfant mort-né. Tradition courante à l’époque de la construction du château de Combourg.
Mais cela n’explique pas le choix du chat - créature qui symbolisait Satan dans la société du Moyen-Age.

la légende du chat (gravure de E.Massé)


La jambe de bois serait celle de Malo-Auguste de Coëtquen qui fut amputé d’une jambe durant la bataille de Malplaquet ,épisode sanglant de la guerre de Succession d’Espagne en 1709. Il se raconte que tous les ans, à la veille de Noël, sa jambe montait et descendait l’escalier, s’arrêtait devant les portes et frappait, elle piétinait et aux premières lueurs du jour, s’engouffrait dans les caveaux.

Il régnait un froid glacial quand nous pénétrâmes avec le groupe dans la tour du Chat pour rejoindre la chambre du Chateaubriand. J’étais un des derniers à gravir les marches de l’escalier, les autres visiteurs ainsi que la guide étaient déjà en haut.
Alors que je m’apprêtais à monter, mon regard fut instinctivement porté sur la porte du bas donnant accès à une courtine. Tout d’un coup, nous sursautâmes. La porte s’était violemment refermée, sans aucun courant d‘air ni action d‘une personne malveillante. Manifestement surprise, la guide me demanda si personne ne s’était blessé car elle n’avait rien vu de la scène.
Sur le coup je ne réagis pas vraiment. Ce n’est qu’en pénétrant dans la chambre de Chateaubriand, quand je découvris la momie du chat exposé près de la fenêtre que le doute s’installa en moi : serait-ce l’œuvre d’un fantôme ?
Redescendu dans le parc, je contemplai avec admiration les magnifiques essences d’arbres qu’il comptait.
Plus loin s’étendaient les bois de Combourg. Chateaubriand disait à ce propos :

« C’est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis »*

Laissant derrière moi le château de Combourg et ses hantises décidément bien troublantes, je rejoindrai dans la soirée un des plus jolis châteaux des environs : celui de Montmuran.

* Mémoires d'outre-tombe, Chateaubriand

Chapitre II

Dans le champ en contrebas du château eut lieu un combat atroce où le sang coula à flot. Depuis, l'eau qui dévale le champ est teinté très fortement d'un rouge sang.

En 1032, Alain III , duc et prince de la nation bretonne, fit construire pour sa sœur Adèle, l’abbaye St Georges à Rennes et lui confia la seigneurie de Tinténiac avec des droits de hautes décisions.
L’abbesse demanda au chevalier Dounoual d’ériger un château fort pour protéger ses terres. D’abord construit en bois, il fut rapidement remplacé par une véritable forteresse au XIIe siècle. Ainsi fut construit le château de Montmuran dont il ne subsiste de cette époque que les deux tours du châtelet.

Visiblement, j’étais le seul visiteur. La guide me prévint tout de même qu’il fallait attendre un peu, le temps d’en attendre peut-être de nouveaux.
Je profitai de cet instant pour admirer ,assis sur une pierre ronde ressemblant à un boulet de canon, la magnifique partie extérieur du corps de logis remanié au XVIII e siècle. Et ce châtelet imposant composé de deux tours avec mâchicoulis encadrant l’entrée défendue par une herse, un large et profond fossé.
La guide me rejoint quelques minutes plus tard sans qu’aucun visiteur ne se profil à l’horizon. Pendant la visite passionnante, j’appris qu’un combat des plus sanguinaires eut lieu dans le champs d’en face. Il opposa Bertrand du Guesclin - fait chevalier en 1354 ici, et marié avec sa deuxième femme en 1373 dans la chapelle -, au duc de Calverley, célèbre capitaine anglais qui voulut prendre par surprise le château alors que du Guesclin y était invité par les seigneurs pour le déjeuner. Du Guesclin qui avait prévu le coup ,avait armé ses hommes jusqu’aux dents. On dit que le sang coula à flot durant cette lutte .Tant et si bien que les jours de pluie, l’eau qui dévale le champ et se jette dans la rivière en contrebas du château serait teintée d’un rouge sang …
Quant à du Guesclin, il mourut en 1380 lors du siège de Châteauneuf-de-Randon ,en Auvergne.

En descendant ensuite dans ce que l’on pourrait appeler les sous-sols, on entra dans une petite pièce très faiblement éclairée. Il y avait dans l’angle un puit. La guide m’expliqua que selon une les Anciens, il existerait tout un réseau souterrain partant du puit qui relierait les forteresses de la région. Bien qu’en partie éboulé, il se trouve néanmoins qu’il existerait dans les alentours du château une entrée à ce souterrain. Les habitants, intrigués, y firent pénétrer un mouton pour savoir où il ressortirait. Jamais ils ne l’on revu …
Depuis, à certaines heures de la nuit, il arrive d’entendre des bêlements éplorés provenir du sous-sol.
En me penchant pour admirer la profondeur surprenante de ce puit, j’eus soudain une envie pressante de me reculer, de peur peut-être de rejoindre ce pauvre animal.

Chapitre III


"À l'heure où s'éveille l'orfraie,
Où les tours de la Hunaudaye
Comme trois fantômes des airs
Enflamment leur sommet déserts
À l'heure où la nuit tend son aile
Sur leur enceinte solennelle
Voyageurs, voyageurs, fuyez
Car l'enfer gronde sous vos pieds"
- Édouard Turquety (1807 - 1867), poète breton

Lorsque le chevalier Rouge apparaît, l'enfer gronde au château de la Hunaudaye.
Esprit vengeur ou malédiction divine, il accompagne les âmes fauchées par la cruauté légendaire
des seigneurs de la Hunaudaye ...
Il court autour du château de la Hunaudaye de biens terrifiantes légendes. Son Histoire pourrait se résumer à une succession de tragédies.
Il fut construit en 1220 par Olivier Tournemine, le château de la Hunaudaye (ou Hunaudaie), isolé en plein marécage, servait à protéger la rivière Arguenon qui coule à deux kilomètres de là, et à abriter les futurs seigneurs de la Hunaudaye. Ces barons furent redoutés pour leur cruauté machiavélique. Ceux qui osèrent s’aventurer sur les leurs terres savaient qu’ils allaient périr. Les seigneurs de la Hunaudaye s’entretuaient même entre eux. Leur Histoire dramatique pourrait se résumer à des trahisons et des meurtres dans l’unique but de récupérer le po
uvoir.
Ainsi, on dit qu’ un chevalier rouge apparut une nuit d’orage à un seigneur de la Hunaudaye. Derrière lui surgissaient trois silhouettes blafardes enroulées dans des suaires. Quand elles se dévoilèrent, elles révélèrent des corps affreux ; tâchés de sang et mutilés. Le chevalier rouge lança au seigneurs :
« Vois ! Le vieil homme est ton père, cette femme est ton épouse, et ce jeune homme est ton frère. Ils viennent te chercher. » Au même instant, la foudre frappa le seigneur. Ce n’est que le lendemain que ses serviteurs le découvriront gisant mort sur le sol ,baignant dans son sang.
Comme le temps était menaçant ce jour là, le château me parut sortir tout droit d’un autre monde. Un monde apocalyptique. Près des étangs se trouvait un arbre foudroyé aux allures surréalistes. J’aperçus quelques corbeaux qui en horde, s’y étaient perchés. Leurs croassements si terrifiant résonnaient dans les sinistres tours ruinées du château : le décor était pétrifiant.
En traversant le pont-levis qui menait au château, j’admirai les tours monumentales à mes yeux. Si ce château servait à défendre, je fus néanmoins surpris qu’il se trouve dans un creux.
En montant les marches de l’interminable escalier qui mène en haut des tours, je repensai à cette autre légende tout aussi effrayante : Un seigneur de la Hunaudaye qui aurait découvert l’infidélité de son épouse aurait ordonné qu’on assassine son amant. Le cœur de celui-ci fut ensuite servi lors d‘un dîner. Après que sa femme se soit délectée en mangeant le plat, son mari lui révéla enfin la recette. Heurtée et bouleversée ,elle se laissa mourir de faim dans l’espoir de le retrouver. Elle serait enterrée près de l’étang en face du château, et ainsi chaque année, quand vient le jour annive
rsaire du crime, la terre se creuse à cet endroit en dessinant la forme d’un tombeau. D’après la légende, elle rejoindrait pendant trois jours son amant. Quand elle revient enfin, la terre se recouvre. Des tours, on dominait quelque peu la forêt encerclant le domaine de la Hunaudaye.
C’est dans cette forêt que fut assassiné sous les yeux de ses deux beaux-fils Jean Eder de Beaumanoir. Il avait commis l’erreur d’épouser Marie de Villiers, leur mère devenue veuve. Opposé au mariage de leur mère, les deux fils - Georges et Jean -, attirèrent en forêt de la Hunaudaye leur beau-père en prétextant une partie de chasse. Puis ils le firent atrocement assassiné sous leur yeux par un de leur beau-frère, Jean du Breil.


En sortant du château, j’entendis tonner dans le lointain. Il ne faisait pas bon rester ici, l’atmosphère devenait insoutenable.

Chapitre IV

Je m’extasiai devant ce paysage grandiose et sans limite ponctué de falaises escarpées

Comment ne pas s’émerveiller devant cette côte bretonne, rocheuse à l’infinie et parsemée d‘abîmes. Cette houle légère, ces embruns marins qui laissent rêveur le voyageur étranger, comme l’amoureux des mers. Ces longs bancs de brumes matinales qui peu à peu se lève ou qui au contraire persiste et relève alors du romantisme.
Cette mer, d’un bleu dérivant vers le vert émeraude. Bref, un rêve.
J’avais longtemps cru que mon séjour n’allait pas être sous le signe du beau temps. Peut être étais-je trop pessimiste car ce jour là, sur le littoral breton ,le ciel était clair et bleu.
En arrivant de l’intérieur des terres, c’était pour moi un réel paradis. Je m’extasiai devant ce paysage grandiose et sans limite ponctué de falaises escarpées.


Au loin, j’aperçus deux formes qui me paraissaient être des phares. Je décidai de m’en approcher.
Il y avait là effectivement deux phares dont j’appris par la suite que le plus ancien datait de 1694 et fut construit par Vauban. La construction du plus récent s’est achevée en 1950. Mais entre ces deux constructions, un autre phare a été édifié. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il servait de poste d'observation pour l'armée allemande qui le dynamitera en août 1944.
Je me trouvai près des phares. A cet endroit le vent du large soufflait très fort et il m’était difficile de photographier le plan que je souhaitais. Je dus me contraindre à l’immortaliser de l’autre côté.
D’ailleurs, de cet autre côté, je distinguais plus loin sur la côte ,le lieu de ma prochaine escale : le fort La Latte.

Le fort La Latte (ou château de la Roche-Gouyon) est ,sans doute, la plus connue des forteresses bretonnes. On le croirait tout droit surgi de la mer tel un bateau fantôme. Sur un massif rocheux, s’élèvent ses épaisses murailles de grès rose qui ont défié bien des vents et marées.
Il fut édifié vers le XIVe siècle par un seigneur de Matignon ,Étienne III Guyon à l‘emplacement d‘une ancienne forteresse destinée à protéger la baie des Normands . Assiégé par Bertrand du Guesclin en 1379 lors du retour d’exil de Jean IV, duc de Bretagne, le fort sera encore plus endommagé durant les Guerres de Religions. Mais il sera remanié et restauré par Louis XIV qui l’utilisera comme défense côtière et c’est à partir de cette époque qu’il prit le nom de fort La Latte. Son usage militaire prendra définitivement fin au XIXe siècle
. Je n’ai jamais, à vrai dire, eu la passion du vide et de la hauteur. Le vertige est chez moi un gros défaut mais je dois dire qu’en visitant le fort, il m’a fallu le relever car la vue que j’avais depuis le sommet du donjon était spectaculaire. Surtout de voir ces murailles de falaises et cette armée de récifs, ces vagues qui venaient s’y éclater poussées par une houle en furie.

Le soir, je me couchai épuisé par cette journée. Je songeai encore à ces falaises grandioses mais qui je pense, recèlent bien des secrets encore enfouis dans les profondeurs de leurs abîmes …

Alors que je prenais des photographies des phares, des cris parvenant d'en dessous de la falaise n'intriguèrent. En me penchant je découvris ces quelques mouettes qui tournoyaient autour d'un rocher.

Chapitre V


On raconte aussi que certains jours, on peut surprendre les spectres de deux chevaliers se livrant à un duel sans merci au milieu des ruines de ce château du XVe siècle.

Datant du XVe siècle ,ce château installé sur un éperon rocheux et offrant une vue remarquable sur l’embouchure de l’Arguenon ,servait à contrôler l’accès des navires, également le gué permettant le franchissement de la rivière à marée basse , le château du Guildo fut aussi pendant longtemps la résidence du prince Gilles de Bretagne. Il était réputé pour sa frivolité, autant du côté de la gouvernance que du côté amoureux. L’expression « courir le guilledou » y puiserait d’ailleurs ses racines. Mais le frère de Gilles, le duc de Bretagne François Ier ,soupçonnait son frère de complots. Il le fit emprisonner et comme il ne mourait pas assez vite, son frère ordonna qu’on l’étouffe. Mais avant de rendre l’âme en 1450, Gilles soumit son frère au Jugement de Dieu. Bouleversé par ses remords, François passa de vie à trépas.
Je découvris le château presque par hasard en rentrant à mon hôtel. Lorsque j’expliquai à l’hôtelier que je me passionnais pour les légendes de fantômes et les vieilles pierres, il me répondit d’aller faire un tour du côté des ruines du Guildo. Et il ajouta : « Vous ne serez pas déçu ». Garant la voiture sur le parking réservé à cet effet, je descendais ensuite en suivant un petit sentier ombragé qui me mena directement au château - du moins ce qu’il en reste !
Avançant vers les vestiges, je me rendis compte qu’il n’y avait aucun autre visiteur . En traversant le pont-levis, j’avais l’impression de quitter un monde pour pénétrer dans un autre. Heureusement que des échafaudages étaient là pour me rappeler à la réalité - quoi que je fusse un peu déçu.
Il y avait sur ma gauche une petite pièce fermée. Je me présentai sur le seuil d’entrée me demandant si le public y avait droit d’accès. Comme je ne vis aucune pancarte qui interdisait l’accès et surtout que ma curiosité était trop grande ,j’y entrai.
Il y faisait terriblement froid. L’humidité y était palpable - comme la couverture verdâtre des murs pouvaient en témoigner. Un léger frisson me parcourut. J’eus soudain la nette impression que mille yeux m’observaient. Je me retournai vivement pour voir si j’apercevais la silhouette d’un quelconque visiteur mais je ne vis absolument personne. Pétri d’effroi, je crus bon de sortir d’ici tellement l’atmosphère devenait lugubre et insupportable.
Continuant la visite des ruines dans l’espoir que ce sentiment allait me quitter, au contraire, il s’accentua et je ne pus que me résigner à abandonner les lieux sans trop chercher à comprendre. Par la suite, j’appris que certains promeneurs nocturnes qui seraient passés à proximité du château auraient entendu des bruits d’armures et d’épées. On raconte aussi que certains jours, on peut surprendre les spectres de deux chevaliers se livrant à un duel sans merci au milieu des ruines. Selon les Anciens se sont les âmes peinées de Gilles et de son frère François.
Après cette visite troublante, j’eus la certitude que des forces invisibles tapies dans les pierres chargées d’Histoire nous observent. Dans un profond silence …

Chapitre VI

J’avais sous mes yeux l’œuvre étonnante de l’abbé Adolphe Fouré « un fou de Dieu »

Ce fut certainement l’endroit le plus insolite de mon périple. Les rochers sculptés de Rothéneuf.
La brume se levait à peine lorsque je parvins à trouver la plage des rochers.
Au-delà de la lande de bruyères s’étendait sur une falaise pentue les nombreux visages taillés dans le granit. J’avais sous mes yeux l’œuvre étonnante de l’abbé Adolphe Fouré « un fou de Dieu » qui après une attaque cérébrale qui le laissera sourd et muet, décida de prendre congé du monde des Hommes pour se retrouver seul et vivre ainsi en ermite.


Il va alors entreprendre ,durant 25 années, de sculpter, de tailler littéralement dans la roche granitique de Rothéneuf près de 300 visages fantasmagoriques à l‘aide seulement d‘un ciseau, d‘un marteau et d‘un burin. Ces visages sont censés raconter la vie malheureuse que mena la famille des Rothéneuf, pirates sous François Ier. Il souhaitait ainsi à travers leur Histoire montrer à ses fidèles les dégâts que pouvaient causer la haine, la turpitude, le vol et la jalousie.
Je m’étais tracé un petit itinéraire qui sillonnait entre les têtes grotesques. J’appris que l’abbé les avaient peintes de son vivant mais qu’après sa mort en 1910, les tempêtes et le soleil avaient petit à petit effacé les couleurs. Ne restent maintenant que leur formes hideuses et grimaçantes de ces monstres de pierre. Certaines représentent des pirates (les Rothéneuf), d’autres Satan ou encore des poissons aux dents tueuses.

Chapitre VII


Cette pierre aurait dit-on surgit de Terre pour séparer une lutte sanglante entre deux frères

Il y bien longtemps de cela fut donné en ces lieux un terrible combat. Deux frères luttaient entre eux. Le sang aurait tellement coulé durant la bataille qu’il en fit tourner avec ardeur les ailes du moulin du vallon.
Les cieux furent horrifiés par un tel combat et firent sortir des entrailles de la Terre une immense pierre à la forme d’un menhir pour les séparer avant que l’un de ne périsse - l’origine du nom proviendrai de là, « dolent » signifiant « douleur ».
Une autre croyance me laissa perplexe : il se raconte que chaque fois qu’une personne vient à mourir dans les environs, le menhir s’enfonce dans la sol d’une manière imperceptible. Le jour où il sera entièrement recouvert, ce sera la fin du monde et du Jugement Dernier.
Ce menhir est un des plus impressionnants de Bretagne. Il mesure près de 9,50 mètres de haut et provient sans doute du filon granitique de Bonnemin - commune voisine . Sa grandeur autant que son étrange pouvoir est intrigante. A chaque menhir ou dolmen correspond une légende. Rôdent autour de ces pierres légendaires des récits antiques que nos ancêtres celtiques ont façonnés au travers des siècles et qui perdurent encore aujourd’hui. Comme je l’ai dit en introduction, la Bretagne est certainement la région française où l’écho des traditions se fait le plus entendre. Je crois me souvenir qu’ils attribuaient même à certaines mégalithes des pouvoirs énergétiques.
Il me revient en mémoire d’avoir visité il y a quelques années maintenant ,dans le Morbihan, un champs de pierre où notre guide nous avait expliqué que d’après une tradition ancestrale, elles pouvaient communiquer avec certaines personnes dotées d’une sensibilité particulière.
Pendant que je photographiais le menhir, un sentiment de mélancolie mêlé à de le nervosité m’étreignait. Me retournant je ne vis absolument personne et l’anxiété me gagnait. Un silence inquiétant régnait ici. Ce fut sans remord que je quittai cet endroit oppressant
.

Chapitre VIII

Fougères fut pillé, incendié, ravagé lors de nombreuses attaques. Que de fantômes doivent hanter ces murs ...

Érigé sur un promontoire rocheux aux confins d’un vallée alors encerclée par des étangs et marais qui le rendaient presque imprenable. La forteresse de Fougères date du XIIe siècle. C’est aujourd’hui l’un des sites les plus imposants de France et sans doute d’Europe .Elle constitue un bel exemple d‘architecture militaire médiévale. Il en était de même à l’époque de son activité car Fougères étant situé au portes de la Bretagne, la forteresse pouvait ainsi commander les entrées sur le territoire breton.
Elle fut mainte fois assiégées, notamment par les armés anglaises et françaises.
Bien qu’elle possède aujourd’hui encore l’intégralité de ces remparts et de ses treize tours, elle a néanmoins perdue son donjon, détruit en 1166 par les anglais.
Parmi les malheurs que connurent le château, celui de 1449 : François de Surienne, un mercenaire à la solde des Anglais, l’attaque en pleine nuit, les habitants sont massacrés et la ville est pillée.
En photographiant ces pierres d’Histoire, je ne pus m’empêcher de songer aux hantises de ces murs. Comme je l’avais écrit à propos de la forteresse de Gisors (Journal d‘un chasseur de légendes normandes), les forteresses sont rarement des endroits très « romantiques».
On raconte aussi que dans les environs du château, à l’étang de Fougères, durant la nuit du 15 juillet, deux formes de brumes correspondant à des silhouettes humaines surgissent de l’eau avant d’y replonger quelques instants après. Ce serait les âmes d’un moine et d’un jeune femme qui venaient secrètement à l’étang pour y consommer leur amour pourtant interdit. Surpris un soir, il furent décapités. Depuis, ils reviennent s’aimer toujours à l’étang ; par delà-la mort …

Ainsi s’achève mon premier voyage en Bretagne hantée. Il m’a appris énormément. D’abord d’un point de vue culturel, grâce aux traditions, au patrimoine. Mais aussi du point de vue du surnaturel : lors de certaines de mes visites, j’ai vraiment eu le sentiment qu’en foulant le sol de ces lieux, je traversais là les dédales d’un lourd passé. La douleur et la peur en étaient je pense les principaux reliefs.
J’espère pouvoir revenir en Bretagne pour visiter le Finistère et le Morbihan. Bien sur, d’autre projets existent.
En repartant , je me suis arrêté d’abord au Mont-Saint-Michel (Manche) puis ensuite au château de Carrouges (Orne). Deux escales qui seront prochainement publiées dans mon « Journal d’un chasseur de légendes normandes ».
Fin du voyage en Bretagne, mais début d’un nouveau voyage dans ce monde où je porterai à présent un tout autre regard …

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